Dans la vieille église, le prêtre prie le ciel,
Il implore Jésus, et tous les saints martyrs ,
Récite le Rosaire et n'ose plus sourire ;
Les bougies vacillent dans le noir éternel .
Le rabbin d'Israël, et l'imam de Médine
Cessent leurs prières vainement prononcées
Pour un être défunt, pour un Dieu décédé ;
Ils ont ouvert les yeux sur la foi assassine .
Vers où s'est enfuit Dieu ? Où s'est-il réfugié ?
L'univers est vaste d'une étoile à une autre,
Loin de ses chers enfants, Loin de ses chers apôtres :
Ô Archange , écoute les pleurs des aliénés !
Le monde devient fou, ils ont perdu leurs guides ;
Non ! Il leur fait payer leur péchés criminels,
Il n'absout plus les morts aux erreurs immortelles,
Il ne pardonne plus aux assassins timides .
Regardez la Terre ! Regardez notre abri !
Voyez ces enfants noirs , amaigris et malade,
Ces petites filles à l'enfance si froide
Qui se vendent sans bruits pour une pincée de riz .
Voyez ces visages, ces corps inanimés ,
Victimes de la haine et de l'intolérance ;
Toutes ces vies gâchées par tant de turbulences
Par tant de maladies mortelles et rusées .
Voyez ces vies perdues à l'ombre du berceau ,
Déjà dans le déclin pour une religion,
Pour leur couleur de peau, détournant des avions
Pour dire qu'ils existent dans un horrible écho .
Voyez ces malheureux que l'on piétine en route,
Ecrasés par des chars, sacrifiés pour leurs terres ;
Qui tomberont sans gloire et mordront la poussière,
Ignorant les raisons d'une mort qu'ils redoutent .
Voyez ces otages qui soupirent de peur,
Suspendus aux lèvres d'un homme cagoulé ,
Qui côtoient un fusil tant de fois meurtrier
Et attendent leur tout pour mourir sans douleurs.
Quand vous aurez tout, attendrez vous toujours
Un miracle de Dieu ? Qu'il exauce vos v½ux ?
Le monde est empêtré dans tant de vilains n½uds :
Il n'y a plus d'espoir , plus d'issue de secours.
Il est temps d'éteindre tous ces vieux chandeliers,
De taire le clocher, de verrouiller les portes ,
Et de faire ses adieux a la Foi déjà morte,
Car Dieu ne peut plus rien pour ce monde mort-né .
Les Saints s'en sont allés, Marie a disparu ,
Même Satan est là, pleurant sur les tombeaux
De son faste d'antan , de son ancien étau ,
Car les princes du Mal sont les hommes déchus .


